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Tour de France: pourquoi c'est la bonne année, cette fois, pour Thibaut Pinot

Le 107e Tour de France s’élancera ce samedi de Nice. 35 ans après Bernard Hinault, dernier vainqueur français de la Grande Boucle, Thibaut Pinot partira à nouveau avec en tête la victoire finale.

Thibaut Pinot et le Tour de France, c'est un peu une histoire de "je t'aime, moi non plus". Troisième de la Grande Boucle en 2014, avec le maillot blanc de meilleur jeune en prime, il entrevoyait un futur radieux sur l'épreuve. Depuis, ce furent trois abandons en quatre participations, dont un dernier l'an passé, à l'avant-veille de l'arrivée finale, alors que le podium était à portée de pédales. À partir de ce samedi, date du départ de la 107e édition à Nice, Pinot aura peut-être enfin l'occasion de conjurer le sort. 

Il est en pleine forme

S’il a fait l’impasse sur les Championnats de France, après avoir décidé de ne pas disputer les classiques, Thibaut Pinot s'est montré plutôt en forme depuis la reprise, sur les routes d’Occitanie et du Dauphiné. Quatrième de la première course à étape pour sa reprise, le leader de Groupama-FDJ avait de toute façon prévenu qu’il n’y serait pas à son meilleur niveau. Il s’est ensuite distingué lors du Critérium du Dauphiné, prenant la deuxième place de l’épreuve.

Il ne manquait pas grand-chose à Pinot pour endosser le maillot jaune à l’arrivée finale à Megève (29 secondes). Une demi-minute perdue à Daniel Martinez lors de la dernière étape, alors qu’il était virtuellement leader de la course pendant quelques heures après le retrait de Roglic. Seul le coureur slovène avait terminé devant Pinot sur les arrivées aux sommets, alors que le Français y avait à chaque fois devancé les Bernal, Lopez, Quintana, Landa, Pogacar ou Buchmann. Autant d'adversaires qu’il retrouvera sur le Tour.

Le coureur a fêté ses 30 ans en mai dernier, un âge autour duquel les coureurs arrivent souvent à leur pic de forme. Le palmarès récent du Tour le rappelle d'ailleurs: 33 ans pour Geraint Thomas en 2018, 32 ans pour Froome en 2017 (et déjà 28 ans lors de son premier sacre en 2013), 30 ans pour Nibali en 2014 et 32 ans pour Wiggins en 2012. Seule exception, la victoire de Bernal l’an dernier: le Colombien était alors âgé de 22 ans.

Une concurrence pas au mieux

Les chutes qui ont émaillé le peloton dernièrement n’ont pas épargné les favoris de la Grande Boucle. S’il est lui aussi tombé sur le Dauphiné, Thibaut Pinot a eu des séquelles moindres en comparaison au duo de la Jumbo-Visma Steven Kruijswijk – Primoz Roglic. Le premier a finalement contraint de renoncer à prendre le départ de Nice, le second a confirmé sa participation au dernier moment, alors qu’il n’avait pas pris le départ de la dernière du Dauphiné. Grand favori sur le papier, l’état de forme du Slovène sera l’une des grandes interrogations, alors que son partenaire Tom Dumoulin a indiqué qu’il serait bien le co-leader de l’équipe.

De son côté, Ineos n’arrive pas au départ en pleine possession de ses moyens. Deux de ses cartes initiales, Chris Froome et Geraint Thomas, n’ont même pas été convoqués en raison de leur méforme totale sur le vélo. Le tenant du titre Egan Bernal sera bien présent, mais une douleur au dos l’a poussé à l’abandon sur le Dauphiné. La présence de Carapaz, initialement prévu sur le Giro, équipier de luxe en montagne, pourrait le soulager, tout comme celle du prodige Sivakov.

Mais Thibaut Pinot ne devra pas garder un œil seulement sur Jumbo-Visma et Ineos Grenadier. Lopez (Astana), Landa (Bahraïn-McLaren), Pogacar (UAE Team Emirates), Quintana (Arkéa-Samsic) et Buchmann (Bora-Hansgrohe) seront notamment à suivre. 

Un parcours et un climat à son avantage

Autre facteur: la météo. Le report du Tour de France de juillet à début septembre entraîne mécaniquement un changement climatique. Moins de risques de fortes chaleurs, ennemi juré de Thibaut Pinot. Il devra en revanche se méfier d'éventuelles bordures, notamment lors des 10e et 11e étapes, entre l’île d’Oléron et l’île de Ré puis au départ de Châtelaillon-Plage. 

Le Franc-Comtois aura ensuite l’opportunité de briller dans un contre-la-montre - certes pas sa spécialité - sur ses terres, à La Planche des Belles Filles et à la veille de l'arrivée. Il viendra conclure une édition très grimpante, avec huit étapes de montagne et trois accidentées.

Il y a l'expérience aussi. Le Français va prendre le départ de son huitième Tour de France, même s’il n’en a terminé que trois et décroché un seul podium (3e en 2014). Bernal va participer à son deuxième Tour (vainqueur en 2019) et Roglic son troisième (quatrième en 2019). 

Une équipe plus forte

Thibaut Pinot pourra s’appuyer sur quasiment la même équipe que l’an dernier, qui l’avait amené haut avant son abandon déchirant lors de la 19e étape. Seul changement, la présence de Valentin Madouas en remplacement d’Anthony Roux: un profil plus grimpeur, 13e du dernier Giro, qui semble mieux correspondre à la montagne.

Outre Madouas, Pinot sera entouré de David Gaudu, de son fidèle lieutenant dans les cols Sébastien Reichenbach ainsi que Rudy Molard. Tout récemment champion d’Europe du contre-la-montre, Stefan Küng sera au départ pour rouler, tout comme Bonnet et Ladagnous. La nouvelle absence d’Arnaud Démare confirme que la Groupama-FDJ est encore bâtie à 100% pour le vainqueur du Tour de Lombardie 2018. 

Si tout cela ne suffit pas à Thibaut Pinot pour effacer Bernard Hinault des tablettes, dernier français en jaune sur le podium des Champs-Elysées, il pourra espérer se rattraper sur la Vuelta, pour conclure sa saison fin octobre. 

Jules Aublanc