RMC Sport

Equipe de France: le grand bilan de l'année 2021 des Bleus

En s'imposant mardi soir en Finlande (2-0), l'équipe de France a conclu son année 2021. Une année marquée par un échec à l'Euro, mais aussi un titre en Ligue des nations, une qualification pour le Mondial au Qatar, le grand retour de Karim Benzema, et quelques nouveautés tactiques.

Le bilan comptable: 16 matchs, zéro défaite

Depuis ses débuts dans les éliminatoires du Mondial 2022 en mars, jusqu’au déplacement en Finlande mardi soir, l’équipe de France a disputé 16 matchs en 2021. Et son bilan comptable est relativement bon, puisqu’elle a signé 10 victoires, pour six nuls. Six nuls, dont cinq à la suite: contre la Hongrie (1-1), le Portugal (2-2) et la Suisse (3-3) à l’Euro, puis contre la Bosnie (1-1) et l’Ukraine (1-1) en septembre. Depuis cette série "grise", les Bleus ont en revanche repris leur marche en avant, avec cinq succès de rang. La dynamique au moment de dire au revoir à 2021 est donc positive.

On notera aussi que les hommes de Didier Deschamps ont marqué 36 buts (2,25 par match en moyenne), pour 12 encaissés (0,75 par match), et qu’ils ont trouvé le chemin des filets lors de 100% de leurs rencontres.

Plus globalement, les Bleus en sont à 27 matchs compétitifs de suite (hors amicaux, donc) sans défaite: en s’imposant à Helsinki (2-0), ils ont ainsi égalé mardi un vieux record.

Le rapport résultats/objectifs: deux missions accomplies sur trois

L’équipe de France avait cette année trois objectifs: faire honneur à son statut de championne du monde en titre, et donc briller à l’Euro, remporter le tournoi final de la Ligue des nations pour lequel elle avait décroché son billet fin 2020, et se qualifier pour la Coupe du monde 2022 au Qatar, sans avoir à passer par d’éprouvants barrages.

Parce que les phases finales des compétitions internationales sont la vitrine du football de sélections, on retiendra forcément l’échec au championnat d’Europe. Placés dans "le groupe de la mort" avec l’Allemagne, le Portugal et la Hongrie, les Bleus ont réussi à terminer en tête de cette poule, ce qui laissait présager de bonnes choses pour la suite. Malheureusement, ils ont chuté dès les huitièmes de finale, battus aux tirs au but par la Suisse (3-3, 5-4 tab), adversaire largement prenable sur le papier.

Mais après la pluie, le beau temps est vite revenu. Non seulement la France a remporté la deuxième édition de la Ligue des nations, au terme de deux matchs intenses contre la Belgique (3-2) et l’Espagne (2-1), soit deux des meilleures équipes de la planète, mais elle s’est aussi évité un stress inutile en bouclant sa qualification pour le Qatar dès l’avant-dernière journée des éliminatoires, avec un large succès contre le Kazakhstan (8-0). Deux sur trois, donc.

Le match que l’on retiendra: France-Suisse, forcément

C’est le seul point noir de l’année qui s’achève, et il n’est absolument pas représentatif de l’état actuel de l’équipe de France. Mais comme expliqué précédemment, il est gros. Très gros. Pour le grand public, 2021 ramènera forcément à la désillusion du huitième de finale de l’Euro contre la Suisse, à ce naufrage bucarestois du 28 juin, court mais intense.

Alors qu’ils avaient leur billet pour un quart de finale en main à dix minutes de la fin (3-1), après un doublé de Karim Benzema et un chef d’oeuvre de frappe lointaine de Paul Pogba, les Bleus se sont sabordés, en concédant deux buts tardifs d’Haris Seferovic (3-2, 81e) et Mario Gavranovic (3-3, 90e), avant de s’incliner aux tirs au but sur une tentative manquée de Kylian Mbappé (5-4).

Au-delà de la réelle contre-performance, face à un adversaire helvète solide mais moins bien armé (et que l’on prenait un peu de haut, disons-le), la soirée roumaine a été entachée par de nombreuses tensions dans le camp tricolore. Pogba s’est pris la tête avec Rabiot et Pavard sur le terrain, Coman a d’abord refusé de sortir alors qu’il était blessé, les clans Rabiot et Mbappé se sont disputés en tribunes, et l’attaquant parisien – auteur de quelques sorties jugées un peu arrogantes en début de compétition – n’a quasiment reçu aucun soutien après son tir au but raté. De quoi laisser des traces indélébiles dans les esprits? On pouvait le craindre. Mais si tel est le cas, les Bleus ont su passer outre pour afficher une certaine cohésion à l’automne.

L’enseignement tactique notable: le passage à une défense à trois

On le disait conservateur, incapable de s’adapter au football moderne, frileux, ou davantage préoccupé par le résultat que le jeu. Mais Didier Deschamps a montré ces derniers mois que même après neuf ans sur le banc des Bleus, il pouvait se remettre en question et se réinventer. En passant de son traditionnel 4-2-3-1 (ou 4-3-1-2) à un système… avec une défense à trois, et donc deux pistons dans les couloirs.

Le problème, c’est que DD s’est lancé dans cette folle aventure du 3-4-1-2 face à la Suisse, sans échauffement, sans s’être mouillé la nuque. Certes, les Bleus avaient testé ce schéma en novembre 2019 contre l’Albanie, puis en septembre 2020 contre la Suède et la Croatie, mais pas depuis. Et surtout pas avec ces joueurs (rappelons que Rabiot a joué piston gauche contre la Nati). Bref, l’essai estival a été infructueux, et Deschamps est d’ailleurs repassé à une défense à quatre début septembre, contre la Bosnie et l’Ukraine.

Mais face à la Finlande, le 7 septembre, le sélectionneur a de nouveau tenté le coup. Et cette fois, les Bleus ont été beaucoup plus intéressants. A tel point qu’ils ont joué leurs cinq derniers matchs de 2021 ainsi (pour cinq victoires, donc), et que la défense à trois semble désormais être le schéma préférentiel pour 2022. Si Théo Hernandez a séduit dans le rôle de piston gauche, reste toutefois à trouver le bon candidat pour le couloir droit. Face à un adversaire regroupé, où le piston est presque ailier, Kingsley Coman a prouvé lors des deux derniers matchs qu’il peut être l’élu. Mais quand le niveau s’élèvera...

Le joueur marquant: Karim Benzema, et son retour en grâce

Il y a un an encore, cela semblait invraisemblable. Englué dans "l’affaire de la sextape" de Mathieu Valbuena, dossier dans lequel il a récemment été jugé, privé d’équipe de France depuis l’automne 2015 et l’apparition du scandale, Karim Benzema ne devait pas jouer l’Euro, et ne devait probablement plus retrouver la sélection, du moins pas tant que Didier Deschamps serait sur le banc. Et puis, le 18 mai dernier, DD a surpris son monde en dévoilant la liste des 26 joueurs retenus pour l’Euro, et en prononçant le nom de l’attaquant madrilène (33 ans) parmi les convoqués.

Bien sûr, tout n’a pas été rose dans le retour de KB9 chez les Bleus. Le fait de le rappeler au tout dernier moment avant la compétition n’a pas permis de travailler les automatismes, et le cas de son rival Olivier Giroud – qui n’a pas caché un certain spleen avant de disparaître des radars tricolores – n’a pas été très bien géré. Mais après 13 matchs, le bilan est largement positif.

Avec neuf réalisations au compteur, Benzema termine l’année co-meilleur buteur des Bleus (avec Griezmann), il a fait trembler les filets contre le Portugal, la Suisse, la Belgique et l’Espagne, son entente technique avec Kylian Mbappé est flagrante, tout comme sa faculté à créer du danger. Mardi soir, en Finlande, la rencontre a tout simplement basculé lorsqu’il est entré en jeu à la 56e, à la place de Moussa Diaby.

Les nouveaux: Theo Hernandez et Aurélien Tchouaméni comme des grands, Jules Koundé en deux temps

Puisque l’on parle de Diaby, l’attaquant du Bayer Leverkusen et six autres joueurs ont connu leur première sélection en 2021 : Jules Koundé, Theo Hernandez, Jordan Veretout, Aurélien Tchouaméni, Nordi Mukiele, et Mattéo Guendouzi.

Chez les bleus des Bleus, les principaux gagnants sont probablement Hernandez et Tchouaméni. Le latéral de l’AC Milan (24 ans), lancé dans le grand bain face à la Finlande en septembre lors du passage en 3-4-1-2, a montré qu’il a le profil idéal pour s’installer en piston gauche, et le milieu monégasque (21 ans), qui a participé à toutes les rencontres post-Euro, a très vite confirmé les espoirs placés en lui.

Koundé (23 ans) aussi, semble avoir marqué des points. Pourtant, tout avait mal commencé pour lui. Parachuté en latéral droit face au Portugal à l’Euro, le Sévillan a vécu un match très compliqué, offrant notamment un penalty à Ronaldo et ses camarades. Re-testé à ce même poste contre la Bosnie en septembre, il a alors plombé l’équipe en prenant un rouge en tout début de seconde période. Mais Deschamps l’a tout de même rappelé, pour cette fois le faire jouer à son poste: dans l’axe. Où il a été performant sur les quatre derniers matchs.

Pour les autres, il faudra plus de minutes, plus de rencontres, pour se faire un avis sur leur apport potentiel en sélection. S’ils sont rappelés en 2022, évidemment.

La performance individuelle: le quadruplé de Kylian Mbappé

Alors oui, ce n’était que le Kazakhstan, modeste 125e au classement Fifa et déjà éliminé de la course au Mondial. Mais des adversaires faiblards, l’équipe de France en a rencontrés d’autres ces dernières années. Et personne n’était parvenu à signer une telle performance.

Samedi dernier, un 13 novembre au Parc des Princes, Kylian Mbappé est entré dans l’histoire des Bleus en s’offrant non pas un triplé, mais un quadruplé contre les Kazakhstanais. Du jamais vu pour un attaquant français depuis… Just Fontaine, auteur d’un exploit similaire en 1958 contre l’Allemagne de l’ouest. Après un Euro manqué, le Parisien a globalement marché sur l’eau lors des deux derniers rassemblements. Et rappelé, si besoin était, que l’avenir des Bleus passera par lui.

https://twitter.com/clementchaillou Clément Chaillou Journaliste RMC Sport