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Equipe de France: Deschamps a-t-il tenu son groupe?

L’élimination de l’équipe de France en 8es de finale de l’Euro 2021 porte l’empreinte d’une fébrilité nouvelle et d’une cohésion moins éclatante qu’en 2018 et souvent érigée comme priorité par Didier Deschamps. Le sélectionneur donne l’impression d’avoir perdu un peu d’influence sur ses troupes.

Des rires, du chambrage et des jeux… Les vidéos montées proprement et diffusées sur les réseaux sociaux officiels de l’équipe de France ont laissé filtrer une ambiance potache chez les Bleus pendant l’Euro 2021. Difficile d’en savoir plus sur la vie interne de ce groupe, confiné pour raisons sanitaires. Mais le terrain et les conférences de presse ont diffusé une sensation différente de celle qui avait accompagné les Bleus lors de leur sacre mondial. Comme si Didier Deschamps maîtrisait moins la sacrosainte unité de groupe et les impératifs de ses joueurs en période de grande compétition.

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Des égos plus affirmés

Cet Euro 2021 a donné la sensation d’egos plus affirmés publiquement. Notamment celui de Kylian Mbappé qui s’est engagé dans une grosse communication avant la compétition. Le joueur du PSG est habitué à clamer de gros objectifs et les respectent plutôt en général. Cela s’est en partie vérifié pendant les poules où il fut le plus en vue du trio offensif en étant impliqué sur de nombreux buts, à défaut de marquer. Il a moins brillé contre la Suisse et les critiques reçues viennent peut-être autant de son tir au but manqué que de cette grosse confiance en soi assumée, quitte à mettre le groupe en porte-à-faux.

Il a aussi publiquement regretté des déclarations d’Olivier Giroud qui ne le visaient pas nommément. Il a boudé, puis a aussi réclamé son droit de tirer les penalties et les coups francs. Rien d’anormal dans une vie de groupe. Ce qui l’est plus dans cette équipe de France habituée à fermer sa communication à double tour, c’est que tout cela ait été étalé sur la place publique. En 2018, Mbappé était déjà ambitieux mais aussi plus jeune, acceptant certainement mieux de se fondre dans le groupe.

Quelques frictions sur le terrain

Le match face à la Suisse a donné lieu à quelques fictions entre joueurs à l’instar d’Adrien Rabiot, reprochant à Paul Pogba sa perte de balle à l’origine du but de l’égalisation suisse. Il y eut aussi la gestion étonnante du cas Kingsley Coman, touché à une cuisse mais refusant de sortir. Didier Deschamps a tergiversé et pris du temps pour enfin remplacer son ailier qui a finalement accepté de céder sa place à Marcus Thuram. Le sélectionneur s’est déjà distingué par des prises de décisions plus tranchées et rapides.

Des soucis de sommeil?

Après avoir brillé face à l’Allemagne, Antoine Griezmann avait veillé tard pour suivre les play-offs de NBA et même participé aux discussions en direct. Compréhensible après une rencontre où l’adrénaline peine à redescendre et le sommeil est difficile à trouver. L’attaquant a continué d'avoir un suivi du basket US sur des plages plus calmes, tout comme Jules Koundé, postant des messages jusqu’à une heure avancée de la nuit. Didier Deschamps avait lui-même évoqué la difficulté de lutter contre les habitudes de ses joueurs. "C’est un peu la bagarre avec cette génération-là, avait-il confié avant le match contre la Hongrie. On sait que c’est une génération qui se couche un peu tard. Or les heures de sommeil, c’est important pour pouvoir récupérer."

L’échec d’un dispositif discuté avec les joueurs

Selon nos informations, l’idée d’aligner un schéma en 3-4-3 face à la Suisse était le fruit d’une discussion avec les joueurs, notamment pour accorder le mieux possibles stars offensives. Cela a enfanté un désastre défensif avec un Clément Lenglet aux abois pour ses premières minutes depuis le début du rassemblement. L’implication des joueurs est évidemment un geste louable de management mais sacrifier son équilibre défensif ne ressemble pas au sélectionneur, qui s’est trompé avec ce schéma.

Pas la force collective de 2018

L’énorme désillusion de cette élimination réside dans ce renoncement des Bleus en fin de match alors qu’ils menaient 3-1. Leur puissance défensive à la base du sacre mondial de 2018 s’était retrouvée lors du match d’ouverture face à l’Allemagne. Elle s’est largement effritée ensuite, jusqu’à voler en éclats face à la Suisse. Prendre deux buts dans les dix dernières minutes ne figurait pas dans l’ADN de cette équipe il y a trois ans.

"Sur l’état d’esprit, et c’est fondamental pour Didier Deschamps, je pense qu’il a été extrêmement déçu de ce que les joueurs lui ont renvoyé", confie Jérôme Rothen, membre de la Dream Team RMC Sport qui connaît bien Deschamps. Et cela pourrait même, selon lui, l'inciter à mettre un terme à son poste de sélectionneur.

NC