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Angleterre-Afrique du Sud: une grande opposition de styles pour la finale de la Coupe du monde

Tom Curry et l'Angleterre parés pour un nouveau duel contre les Springboks

Tom Curry et l'Angleterre parés pour un nouveau duel contre les Springboks - Icon Sport

L’Angleterre défie l’Afrique du Sud ce samedi (10h), à Yokohama (Japon), lors de la finale de la Coupe du monde de rugby. Cette ultime confrontation s’apparente à un choc des philosophies de jeu entre un XV de la Rose spectaculaire et des Springboks au jeu minimaliste mais très costauds.

Le monde a tremblé samedi dernier, du côté du Japon, lorsque l’Angleterre a éliminé la Nouvelle-Zélande en demi-finales de la Coupe du monde (19-7). Impressionnants de bout en bout, les protégés d’Eddie Jones ont marqué les esprits et partiront favoris pour la finale disputée ce samedi face l’Afrique du Sud (10h). A l’inverse du XV de la Rose, les Springboks n’ont pas brillé mais sont sortis victorieux d’une âpre bataille contre le pays de Galles (19-16). Sur la pelouse du Yokohama Stadium, le choc s’annonce rude entre deux équipes aux jeux si différents. 

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D’un côté, l’Angleterre devrait encore se montrer efficace en attaque alors que bande de Rassie Erasmus risque bien de s’appuyer sur une défense de fer et un gros travail de son pack. "Les Anglais sont lancés dans une mission depuis quatre ans et ils sont en passe de la réussir. En face, on n'attendait pas forcément les Sud-Africains il y a deux ans, mais ils sont revenus dans le concert international avec un entraîneur assez pragmatique, a analysé Denis Charvet, membre de la Dream Team RMC Sport, avant cette finale. Rassie Erasmus a basé le jeu de son équipe sur leur force, c’est-à-dire l’agressivité."

L’Afrique du Sud plein fer

Sans vouloir caricaturer le jeu des Springboks depuis le début de cette Coupe du monde, cela ne constitue pas une ode au rugby champagne. Mais force est de constater que les résultats sont au rendez-vous. Après avoir remporté le Rugby Championship cet été, les Sud-Africains ont bien résisté face aux All Blacks pendant les poules.

Avec une mêlée très puissante, la sélection africaine est montée en puissance tout au long de la compétition. "Je vois mal les Springboks jouer au large et prendre le risque de se faire contrer par les Anglais qui ont une défense très agressive et très bien en place, a encore avancé Denis Charvet. Je pense que cette finale va passer par un jeu extrêmement violent devant, à la limite de la faute. Le plus fort l’emportera mais je pense que les Anglais sont au-dessus."

En quarts de finale, l’excitante équipe nippone n’a pas fait le poids après l’heure de jeu. En demi-finales, le pays de Galles a fini par craquer face aux charges répétées des gros du pack sud-africain. "La menace sera la même que face à la Nouvelle Zélande samedi dernier, ce sont des joueurs imposants mais de notre côté nous avons aussi quelques types costauds, a lancé un Billy Vunipola méfiant pendant la semaine. Les Sud-Africains ont dit qu'ils voulaient combattre le feu par le feu, je pense que nous pouvons dire la même chose. C’est une finale. Nous travaillons sur leurs points forts. Comme Eddie Jones l'a dit, il y a beaucoup de menaces dans cette équipe, leur pack avant en fait partie."

Au nom de la Rose et du jeu

Si certains pourraient se risquer à sous-estimer les partenaires d’Eben Etzebeth ou Pieter-Steph du Toit, nommé pour le titre de joueur de l’année, ce n’est pas le cas des Anglais. Et certainement pas d’Eddie Jones, prêt à batailler pour conquérir son premier titre mondial. "La seule chose qui nous importe, c'est de savoir ce que les Springboks nous réservent pour samedi, a lâché le sélectionneur australien du XV de la Rose. Ils sont énormément agressifs avec un paquet d'avants très physique. J'ai le sentiment qu'ils ont proposé une équipe encore plus forte en seconde période qu'en première, cela va être une équipe difficile à battre."

Pourtant, l’Angleterre dispose de solides arguments à faire valoir ce samedi et pas seulement dans le registre du combat. Certes, la troisième-ligne britannique a du répondant avec notamment le duo Curry-Underhill mais les lignes arrières se révèlent capables de produire de très beaux mouvements en attaque. Le XV de la Rose est au niveau pour répondre au défi physique des Springboks mais à l’inverse des joueurs sud-africains, Manu Tuilagi, Owen Farrell et consorts utilisent cette force pour produire du jeu et trouver des failles dans les défenses adverses. 

Grâce à une constante remise en question et un travail minutieux, les Anglais ont réussi à élever leur niveau de jeu tout au long de cette Coupe du monde. "L’idée était de s'améliorer de semaine en semaine. Chaque semaine, on travaille à améliorer des facettes différentes de notre jeu, a encore expliqué Scott Wisemantel, l’adjoint d’Eddie Jones en charge de l’attaque. C’est très important pour une équipe. En début de Coupe du monde, Eddie a dit très explicitement aux entraîneurs qu’on allait s'améliorer chaque semaine, et non pas se contenter du statut quo. C'est la chose la plus importante à retenir de ce Mondial."

Prime au pragmatisme

Entre l’hyper agressivité des Springboks et le rouleau-compresseur anglais, difficile de savoir qui sortira vainqueur de ce choc. Mais un dernier élément partagé par les deux équipes pourrait bien faire la différence ce samedi: la qualité de leurs buteurs. Si la bataille promise devait bien avoir lieu, Anglais et Sud-Africains se départageront probablement grâce au jeu au pied.

Les joueurs de Rassie Erasmus risquent d’utiliser la qualité d’Handre Pollard pour tenter de mettre en difficulté l’équipe européenne dans le jeu d’occupation. "Je ne sais pas si les Sud-Africains sont prêts à accepter le jeu, a poursuivi Denis Charvet au moment de détailler la tactique offensive des Boks. On peut penser qu’ils vont jouer comme lors de la demi-finale avec des chandelles et dans le fermé avec des ballons hauts et pour mettre la pression au pied."

Du côté anglais, le duo Ford-Farrell réalise des merveilles et régule avec justesse le jeu anglais entre relances à la main et dégagement au pied. Mieux, avec deux buteurs de classe internationale, Eddie Jones ne manque pas de solutions si cette finale se résumait à une succession de pénalités. "Eux comme nous se reposent beaucoup sur le jeu au pied, ce sera une bonne partie d'échecs, a finalement résumé Handre Pollard. Il va falloir bien récupérer, ensuite ce sera l'affaire de quatre-vingt minutes, et l'équipe qui en veut le plus gagnera."

Cette finale entre l’Angleterre et l’Afrique du Sud, la revanche de l’édition 2007, se veut la promesse d’un énorme duel à défaut d’un immense spectacle. Mais après tout, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait le titre.

Jean-Guy Lebreton avec LD, JFP, SG et MM