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Roland-Garros: la dérogation au couvre-feu pour Djokovic-Nadal fait polémique

Matignon a accordé vendredi une dérogation au couvre-feu aux spectateurs de la demi-finale de Roland-Garros entre Novak Djokovic et Rafael Nadal. Une décision qui a provoqué la colère ou l’incompréhension de certains opposants au gouvernement.

La réaction spontanée des quelque 5.000 spectateurs présents dans les tribunes du court Philippe-Chatrier, ce vendredi soir à Roland-Garros, en disait long sur leur joie. Au moment où le couvre-feu de 23h allait les forcer à quitter l’enceinte et ainsi manquer la fin de la demi-finale épique entre Novak Djokovic et Rafael Nadal, le président de la FFT a annoncé, via le speaker, avoir obtenu une dérogation de la part des pouvoirs publics.

Dans la foulée, des "Merci Macron" ont été scandés avec une pointe d’humour par le public. Et une Marseillaise a même été entonnée. Au lendemain de ce beau spectacle, la décision émanant de Matignon a finalement donné lieu à une polémique.

Dupont-Aignan ravi pour le sport mais…

Si les fans de sport ont accueilli cette dérogation avec bonheur, plusieurs élus de l’opposition ont regretté le choix du gouvernement. Fondateur du parti Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan a d’abord salué l’absence de couvre-feu pour la demi-finale Djokovic-Nadal dans un message posté vendredi soir sur les réseaux sociaux.

"Pas de couvre-feu à Roland Garros ce soir, le sport triomphe sur l’absurde, a estimé NDA dans un message posté sur Twitter. Bravo aux organisateurs de Roland-Garros qui offrent une demi-finale d’anthologie aux amoureux du tennis!"

Mais ce samedi matin, le député de l’Essonne a critiqué le deux poids-deux mesures à la suite des incidents aux Invalides. Contrairement aux spectateurs de Roland-Garros, une fête organisée par des jeunes vendredi soir a été dispersée par la police à grands coups de gaz lacrymogène.

"23h hier soir, la police évacue sans égard la jeunesse aux Invalides, pendant qu’à Roland-Garros, bien installés, les spectateurs sont pour leur part autorisés à braver le couvre-feu, a tweeté Nicolas Dupont-Aignan. Toujours cette même incohérence du pouvoir, toujours ce même clientélisme élitiste macronien ! Autant on pouvait se réjouir que le sport triomphe sur ce couvre-feu absurde, autant cette géométrie variable entre la Porte d’Auteuil et les Invalides est une ineptie de plus, ce "deux poids deux mesures" ou ce "selon que vous serez puissant ou misérable" est insupportable !"

Collard juge "insupportable" le manque de cohérence

A l’image de Nicolas Dupont-Aignan, l’avocat et député européen Gilbert Collard (RN) a mis en parallèle la dérogation accordée aux spectateurs de Roland-Garros et l’intransigeance face aux jeunes présents sur l’esplanade des Invalides.

"Toute la cohérence de ce gouvernement: pendant que les Invalides sont évacués à coups de gaz lacrymogènes, les spectateurs de Roland-Garros, autorisés par l'Elysée à rester après le couvre-feu, scandent « Merci Macron », a pesté l’ancien député du Gard. Un deux poids, deux mesures insupportable !"

La gauche dénonce une faveur faîte aux puissants

Plus encore que la décision de Matignon concernant le Grand Chelem parisien, c’est la différence de traitement qui choque aussi bien à la droite qu’à la gauche de l’échiquier politique. L’écologiste David Cormand s’en prend lui aussi à la faveur accordée au public de Roland-Garros. "Selon que vous serez puissant ou misérable", a lancé le député européen en citant une fable de La Fontaine.

Connu pour ses positions critiques contre le président Macron, le journaliste Marc Endeweld s’est fendu d’un message tout aussi explicite sur les réseaux sociaux. "Ça s’appelle l’Ancien Régime, a chargé le journaliste d’investigation. Une poignée de privilégiés qui profitent d’une décision du Roi, et les gueux dehors qui se font charger par la police de Lallement."

Certains réclament la fin du couvre-feu pour tous

Enfin, une dernière poignée de détracteurs se sont saisis de la dérogation accordée aux spectateurs de la demi-finale entre Rafael Nadal et Novak Djokovic pour réclamer la fin du couvre-feu. Le médecin généraliste et sénateur écologiste Bernard Jomier a pointé le manque de légitimité de cette mesure restrictive.

"Il ne suffit pas qu’une mesure ait un intérêt sanitaire. Il est indispensable qu’elle ait une légitimité politique. Le couvre-feu de 23h l’a perdue hier soir, quoiqu’on pense des décisions prises. Son abandon, en droit ou de fait, est inéluctable."

Sans partager la plupart des idées du membre de la chambre haute, Florian Philippot (Les Patriotes) le rejoint pour exiger la fin du couvre-feu et croit sa demande renforcée par la dérogation accordée au public du Grand Chelem parisien.

"Pour être très clair: je suis très heureux de la rupture du couvre-feu à Roland-Garros, évidemment, mais il fallait appliquer la même chose aux Invalides et partout, a lancé le conseiller de la région Grand Est. Fin du couvre-feu et de toutes les mesures de restriction! Retour à la vie normale à 100%, tout de suite!"

En faisant un joli geste pour le sport et le tennis, le gouvernement ne s’attendait peut-être pas à déclencher une telle polémique.

Jean-Guy Lebreton Journaliste RMC Sport