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Tennis: deux orthopédistes remettent en cause la gravité du syndrome dont souffre Nadal

L’état du pied gauche de Rafael Nadal continue de focaliser l’attention, tandis que le Majorquin affronte ce jeudi le Lituanien Ricardas Berankis au deuxième tour de Wimbledon. Pour deux éminents orthopédistes, le récent vainqueur de son 14e Roland-Garros ne serait pas en capacité de pratiquer encore à haut niveau, s’il souffrait bien du syndrome Müller-Weiss à un stade avancé.

Concilier pratique sportive de haut niveau avec le syndrome Müller-Weiss? Une tâche impossible ? Interrogés par le journal allemand Süddeutsche Zeitung, deux éminents orthopédistes sont catégoriques. L’un dirige le service d’orthopédie conservatrice et de thérapie de la douleur du centre hospitalier universitaire de Heidelberg. Le second est un orthopédiste spécialisé dans les blessures sportives et la chirurgie du pied.

Et à les entendre, au vu de sa pratique intense de la petite balle jaune, Rafael Nadal (36 ans) ne pourrait pas souffrir de cette maladie rare affectant un os du pied, provoquant d’importantes douleurs chroniques. Ou en tout cas, pas à un stade avancé comme les paroles du Majorquin le laisse à penser.

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"Le syndrome de Müller-Weiss se manifeste toujours des deux côtés"

"Je peux difficilement imaginer qu'il ait des dommages structurels dans ses os s'il s'expose de manière répétée à cette énorme tension en tant que sportif de haut niveau, explique l’un des deux spécialistes des os du pied, sceptique face au mal qui handicape pourtant le champion espagnol, engagé ce jeudi sur le Central court de Wimbledon. De plus, le syndrome de Müller-Weiss se manifeste toujours des deux côtés."

Nadal souffre depuis ses 18 ans d'une ostéonécrose de l'os naviculaire (ou scaphoïde tarsien) situé sur le dos de son pied gauche, également appelée syndrome de Müller-Weiss. Une maladie dégénérative "chronique et incurable", avait-il indiqué en marge de Roland-Garros, qui le fait souffrir chaque jour un peu plus. "Cette maladie et le sport de compétition, c'est une contradiction, poursuit l’autre spécialiste. Je ne pense pas qu'il ait une nécrose osseuse, car elle progresse et n'est pas compatible avec un sport de haut niveau pendant des heures."

Une dose d'anti-inflammatoires nécessaire trop importante pour pratiquer?

Pour les deux orthopédistes, difficile également d’imaginer que Nadal soit maintenu en état de jouer par des anti-inflammatoires ou autres infiltrations thérapeutiques. La dose nécessaire contre la douleur constante serait alors si élevée qu'il "ne pourrait plus frapper une balle" et "ne serait pas capable de terminer un set".

Le syndrome de Müller-Weiss compte cinq stades: le premier est sans symptômes, le dernier est l'arthrose sévère. Les causes de cette maladie restent inconnues. Dans les cas les plus graves et "chez des sujets sollicitant beaucoup leurs pieds, l'os va se désagréger, s'aplatir, il peut se fragmenter et, à la fin, cela peut évoluer en arthrose avec un raccourcissement de l'arche plantaire", avait expliqué à l’AFP Denis Mainard, président de l'Association française de chirurgie du pied et chef du service de chirurgie orthopédique de l'hôpital de Nancy.

"Je vis avec une tonne d'anti-inflammatoires au quotidien pour me donner une chance de pouvoir m'entraîner (...) Si je n'en prends pas, je boite. (…) Mon problème, depuis déjà un certain temps, c'est qu'il y a beaucoup de jours où je vis avec trop de douleur", racontait Rafael Nadal, avant de laisser planer le doute sur une possible fin de carrière contrainte par la douleur.

Romain Daveau Journaliste RMC Sport