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Sur les traces de Mahrez (3/3) : comment Le Havre l'a propulsé vers la gloire

Riyad Mahrez à l'époque où il évoluait avec Le Havre

Riyad Mahrez à l'époque où il évoluait avec Le Havre - AFP

SUR LES TRACES DE RIYAD MAHREZ. Auteur d’un exercice 2015-2016 phénoménal en Premier League (17 buts, 11 passes décisives), Riyad Mahrez (25 ans) a reçu dimanche le titre de meilleur joueur de la saison. Alors que Leicester se dirige vers un incroyable sacre dans le championnat anglais, RMC Sport a enquêté sur le parcours du milieu international algérien. Troisième et dernier épisode, le passage au Havre et en L2, dernière étape avant Leicester.

Comment le gamin chétif de Sarcelles est-il devenu une star de l’autre côté de la Manche ? Pour mieux comprendre l’explosion de Riyad Mahrez, direction Le Havre. Repéré par le HAC lorsqu’il évoluait en CFA avec Quimper, le garçon débarque en Normandie à l’été 2010. Si Marseille (club de ses rêves) et le PSG le surveillent, aucun des deux ne se décide à l’attirer, José Anigo lui préférant un minot du centre de formation. Déterminé à percer, il signe au Havre. Un choix payant. Mahrez commence avec la réserve, en CFA, où son sens du but fait mouche (10 buts lors de la première partie de saison, 24 au total à ce niveau en deux exercices). Son coach se nomme alors Johann Louvel, fils du président Jean-Pierre et directeur du centre de formation.

« Là où il avait un manque, où il avait besoin de passer le cap, c’est sur le côté rigueur et exigence, se souvient ce dernier, qui reste en contact avec Riyad. On l’a bousculé là-dessus pour qu’il ne tombe pas dans la facilité. » Début 2011, les dirigeants lui offrent un contrat pro de 3 ans. Intégré au groupe l’été suivant, il effectue ses grands débuts en Ligue 2 le 29 juillet sous les ordres de Cédric Daury. Peu utilisé car jugé trop frêle physiquement (encore !) pour affronter la rudesse de l’antichambre de l’élite, il attendra l’exercice 2012-2013 et le départ de Ryan Mendes à Lille pour bénéficier d’un peu plus de temps de jeu. Mais toujours pas dans la peau d’un titulaire. « Cédric recherchait plus des joueurs de rigueur et de travail, surtout au poste excentré où il évoluait », se souvient Jean-Pierre Louvel.

« Si tu veux devenir un vrai professionnel, arrête de te croire à la plage ! »

Jusqu’à son départ à Leicester en janvier 2014, il va pourtant signer 10 buts et 10 passes décisives en L2. Car l’arrivée d’un certain Erick Mombaerts va changer la donne. L’ancien sélectionneur des Espoirs le titularise sur le côté droit du milieu de terrain. Riyad va lui rendre sa confiance. « Erick aime le talent et la qualité technique, rappelle Louvel. Mahrez en avait beaucoup et c’est ce qui lui a plu. L’arrivée d’Erick a été profitable pour son talent, c’est indiscutable. La possibilité d’être beaucoup plus libre dans sa créativité l’a épanoui. » Histoire sans accroc ? Pas tout à fait.

Au Havre, les reproches qui ont nimbé son premiers pas dans le jeu à 11 continuent de le poursuivre. Formé à l’école du foot de rue, Mahrez irrite parfois autant qu’il régale. Agacé, Jean-Pierre Louvel va un jour lui lâcher une phrase qui fait mal : « Si tu veux devenir un vrai professionnel un jour, arrête de te croire à la plage ! » « C’est toute l’ambiguïté des garçons de talent qui ont gardé la fraîcheur du jeu de plage ou de rue, explique aujourd’hui celui qui a quitté la présidence du HAC et de l’UCPF (Union des clubs professionnels de football) en 2015. Il n’avait pas la rigueur de travail nécessaire. C’est ce qu’il a fallu lui faire acquérir. Cette phrase, je lui ai dit après un match où il avait été catastrophique. Il lui est arrivé de faire des matches comme s’il était à la plage, avec du talent mais aussi du dilettantisme. Je voulais lui faire comprendre qu’il fallait garder cette fraîcheur et cette créativité mais qu’il prenne un peu de rigueur nécessaire au monde pro. »

« Il peut sans doute aller sur un club d’une autre dimension »

Leçon retenue. « La rapidité de son explosion prouve qu’il a bien assimilé les choses », savoure Louvel. « Au Havre, au début, il revenait à Sarcelles pour jouer encore le lendemain de ses matches, précise Guy Ngongolo, son premier éducateur à l’AAS Sarcelles. Aujourd’hui, il a compris qu’il était devenu un joueur professionnel et il fait vraiment attention à la récupération et à tout ce qu’il y a autour. Il est impliqué et sérieux. » Sa saison de feu en est l’éclatante preuve. Recruté par Leicester au mercato hivernal 2013-2014 contre 500 000 euros (il en vaudrait aujourd’hui 40 millions, dont 5% seraient répartis dans les clubs qu’il a fréquentés entre 12 et 23 ans au titre du mécanisme de solidarité), il aide les Foxes à retrouver la Premier League avec 3 buts en 19 matches.

Il découvre l’élite anglaise la saison suivante et participe au maintien avec 4 buts en 30 rencontres. Entre-temps, la sélection algérienne l’a convoqué et Vahid Halilhodzic le retient pour le Mondial 2014 (titulaire lors du premier match contre la Belgique). Puis c’est l’explosion de cette saison, récompensée par le Ballon d’Or algérien 2015, le titre de meilleur joueur de la saison en Premier League - une première pour un joueur africain - et cet incroyable sacre qui tend les bras à Leicester, où tout le monde l’adore. Avant un départ pour un plus grand club ? « Il a encore passé un échelon supplémentaire donc il peut sans doute aller sur un club d’une autre dimension, estime Johann Louvel. Mais il aura besoin d’avoir ce côté affectif pour réussir. C’est essentiel pour lui. » On ne se fait pas de souci. Quand on a renversé des montagnes depuis l’enfance pour tutoyer les sommets, on sait franchir les obstacles.

Alexandre Herbinet avec Jano Resseguié