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XV de France: pourquoi cette génération suscite autant d’espoirs

Le XV de France est l’une des sélections les plus jeunes du Tournoi. Qu’elle remporte ou non la compétition vendredi contre l’Ecosse, cette génération a retrouvé le chemin de la victoire, propose à nouveau un rugby enthousiasmant et a réconcilié l’équipe de France avec ses supporters. Et cela devrait durer.

Même privés de stade depuis plus d’un an, les supporters de l’équipe de France ont vécu samedi, grâce à Charles Ollivon et sa bande, une soirée riche en émotions. Menés de dix points à trois minutes de la fin de la rencontre, les Bleus n’ont rien lâché et ont réussi à renverser la situation jusqu’à marquer l’essai de la victoire après la sirène grâce à Brice Dulin (32-30). Ce succès au bout du suspense permet aux Tricolores de rester en lice pour la victoire du Tournoi. Il faudra pour cela battre l’Ecosse vendredi (21 heures), avec le bonus offensif et 21 points d’avance ou avec 20 points et au moins six essais marqués. Ce serait alors le premier titre français de l’ère Galthié. Mais avec cette équipe, le staff tricolore veut voir encore plus loin, avec la Coupe du monde 2023 en point d’orgue.

Une des équipes les plus jeunes du Tournoi

Sur la pelouse du Stade de France samedi soir, il a fallu autant de temps à Romain Ntamack pour transformer l’essai de Charles Ollivon qu’aux observateurs pour compter les trentenaires: approximativement trois secondes. Enfin uniquement ceux avec des maillots bleus. Comme depuis le début du Tournoi, ils n’étaient que deux: Brice Dulin et Romain Taofifenua, 30 ans chacun. Pas la même ambiance chez les Gallois où le tout jeune Louis Rees-Zammit (20 ans) finirait presque par dénoter. Contre le pays de Galles, le XV français affichait 22 sélections et 26 ans de moyenne. Du côté des hommes de Wayne Pivac, l’expérience était au rendez-vous: 31 ans et 66 sélections de moyenne.

Contre l’Irlande, l’Angleterre et donc le pays de Galles, les Tricolores se sont à chaque fois avancés avec moins d’expérience et de sélections au compteur que leurs adversaires. Ce n’était en revanche pas le cas contre l’Italie en ouverture du Tournoi (25 ans de moyenne pour les Bleus, 24 pour les Italiens). L’Italie a en effet largement renouvelé sa sélection, sans que ça porte ses fruits pour autant, puisque les Italiens ont clos samedi le pire Tournoi de leur histoire: une 11e cuillère de bois et un différentiel record de -184 points en prime.

Le renouveau de l’ère Galthié

Si la sélection française compte si peu de "vieux", c’est que Fabien Galthié a fait le ménage après la Coupe du monde au Japon. Exit les Guirado, Huget, Médard ou encore Lauret. Bernard Le Roux sera le seul trentenaire à conserver sa place. Le sélectionneur veut clore la période maudite des "défaites encourageantes". Il décide de miser sur des jeunes joueurs et de construire une équipe à emmener jusqu’à la Coupe du monde 2023. Si on avait été habitué à la valse des joueurs et aux expérimentations en tout genre sous Philippe Saint-André, Guy Novès et Jacques Brunel, Fabien Galthié veut lui de la stabilité, avec des changements mineurs pour pallier les blessures. Pour que les joueurs gagnent en automatisme, mais aussi en confiance et qu’ils ne craignent pas pour leur place au moindre plaquage manqué ou passe mal assurée.

Porté par la génération des champions du monde U20

Si la sélection de Fabien Gatlhié n’a pas encore gagné de titre, certains joueurs ont déjà brillé au niveau international, chez les jeunes pousses. En 2018, les Bleuets avaient remporté la Coupe du monde U20 avec des têtes désormais bien connues. Demba Bamba, Jean-Baptiste Gros, Kilian Geraci, Cameron Woki, Romain Ntamack, Louis Carbonel, Pierre-Louis Barassi et Arthur Vincent étaient tous dans ce groupe doré, victorieux en finale contre l’Angleterre. Matthieu Jalibert était lui absent car blessé aux ligaments croisés lors de sa première sélection avec la grande équipe de France quelques mois plus tôt.

Emmenés par leur capitaine Arthur Vincent, les jeunes tricolores réitèreront l’exploit l’année suivante en Argentine. Jean-Baptiste Gros, Kilian Geraci et Louis Carbonel étaient encore là, avec Donovan Taofifenua, toujours sans sélection aujourd’hui mais appelé pour préparer le Tournoi.

Un vivier impressionnant

Plus d’un an après sa prise de fonction, Fabien Galthié tient son XV titulaire. S’il ajuste son groupe de remplaçants-finisseurs en fonction de l’adversaire, les annonces des compositions d’équipe sont rarement de grands moments de suspens et de surprises.

Mais les calendriers alambiqués dont le rugby français est coutumier a aussi permis de montrer que le staff tricolore pouvait compter sur un vivier de joueurs aussi dense que qualitatif. L’Autumn Cup, compétition montée de toute pièce dans une saison minée par la crise du Covid-19 et objet de nouveaux désaccords entre la FFR et la LNR, a fait naître la règle aussi inédite qu’originale des "trois feuilles de matchs maximum par joueur". En finale de la Coupe d’Automne face aux Anglais, le staff français a alors dû aligner une équipe toute neuve et sans repère (68 sélections au total, dont 30 pour le seul Brice Dulin), laissant présager une rencontre si déséquilibrée que la presse anglaise n’a pas hésité à la qualifier de "farce". Titulaire pour la première fois en Bleu, le Lyonnais Baptiste Couilloud était du même coup propulsé capitaine. Gabin Villière, Yoram Moefana et Brice Dulin ont également débuté la rencontre.

Sauf que la boucherie annoncée a laissé place à une solide prestation des Français, ultra-agressifs et sans complexe, poussant le XV de la Rose en prolongations. Le XV de France finira par s’incliner (22-19), mais cette défaite a permis de montrer que le camp français avait de la ressource, qu’elles pouvaient exister sans ses cadres et que certains seconds couteaux avaient de quoi bousculer la hiérarchie. Quelques mois plus tard, Brice Dulin est devenu indiscutable au poste d’arrière et, jusqu’à sa blessure à la main, Gabin Villière tenait également sa place à l’aile.

Le XV de France peut compter sur des remplaçants de qualité à presque tous les postes. Celui qui met le plus en lumière ce phénomène: le poste de demi d’ouverture, où le débat entre Romain Ntamack et Matthieu Jalibert risque d’être relancé à chaque semaine internationale. Fabien Galthié avait choisi de faire du Toulousain son ouvreur numéro un. Mais sa blessure à la mâchoire a permis au Bordelais de récupérer du temps de jeu et de montrer qu’il pouvait tout autant se fondre dans le moule du numéro 10 de l’équipe de France. Contre le pays de Galles, Matthieu Jalibert était titulaire et Romain Ntamack remplaçant. Nouvelle inversion des rôles à venir contre l’Ecosse vendredi : Jalibert est forfait, Ntamack sera titulaire. Louis Carbonel, troisième ouvreur dans la hiérarchie et tout aussi talentueux, a été appelé en renfort.

Léa Leostic