RMC Sport

Les grandes leçons de la Coupe du monde de rugby au Japon

Le Mondial nippon s’est achevé ce samedi avec le sacre de l’Afrique du Sud face à l’Angleterre (32-12). Au lendemain de cette finale, l’heure est venue du bilan de la compétition.

Les plus: le Japon a dignement fêté l’ovalie, les petits se rebiffent

Au lendemain du troisième titre mondial de l’Afrique du Sud après la finale contre l’Angleterre (32-12), World Rugby a dressé son premier bilan de la Coupe du monde organisée au Japon. Et pour l’instance internationale, la compétition constitue un fantastique succès. Pendant plus d’un mois, le pays hôte a fait de ce tournoi une véritable fête de l’ovalie. Si certains craignaient de voir ce Mondial ne susciter qu’un faible engouement au pays du Soleil Levant, la réalité leur a rapidement donné tort. 

Dès le match d’ouverture remporté avec brio par la sélection japonaise face à la Russie, la mayonnaise et la ferveur du public local n’a jamais baissé. Ce dimanche, les chiffres sont venus confirmer cette belle impression d’ensemble et le sans-faute des organisateurs. Les supporters étrangers ainsi que les membres des diverses sélections n’ont eu de cesse de louer l’accueil chaleureux des Japonais.

Avec plus de 1,84 million de tickets vendus, cette Coupe du monde a établi un nouveau record en la matière et pourra se targuer d’avoir un taux de remplissage de 99,3%. Idem au niveau des audiences tv à l’international avec pas moins de 54,8 millions de téléspectateurs sur le seul duel Japon-Ecosse. En France, TF1 s’est souvent réjoui de ses belles audiences pendant le mois écoulé, surtout autour des matchs des Bleus.

L'édition 2019 au Japon est "probablement la plus grande Coupe du monde" de rugby de l'histoire, a d'ailleurs estimé dimanche le patron du rugby mondial, Bill Beaumont. "Elle a certainement été la plus révolutionnaire pour amener le jeu vers de nouvelles audiences et attirer de nouveaux fans", a déclaré le président anglais de World rugby lors d'une conférence de presse à Tokyo. Son directeur général, Brett Gosper, a relevé "plus de 1,7 milliard de vues sur les réseaux sociaux et 1,2 million de personnes dans les fan-zones".

Le Mondial a également eu "un impact touristique et économique record de 400 millions de dollars" (358 millions d'euros) en faveur du Japon, première nation asiatique à organiser une Coupe du monde de rugby et en dehors du cercle des puissances historiques.

Dans le sillage des Brave Blossoms, véritable coup de cœur du tournoi et qualifiés pour le premier quart de finale de leur histoire, les "petites" nations du rugby mondial ont montré de belles choses. Outre les surprenants Japonais, plusieurs équipes sont sorties de la compétition avec les honneurs. Ainsi, les Fidji ont fait douter l’Australie et le pays de Galles avant de perdre contre le petit poucet uruguayen. 

De la même manière, les Tonga ont fait douter le XV de France en s’inclinant de seulement deux points (23-21). Même la Namibie, plus faible équipe qualifiée selon le classement mondial, a montré une volonté de produire du jeu et de profiter pleinement de la fête.

Les moins: Hagibis et les annulations

Au terme d’une Coupe du monde réussie par les organisateurs nippons, il faut bien trouver un bémol. Pendant toute le tournoi, les conditions météorologiques ont alterné entre le grand soleil et les averses orageuses. Le tout entremêlé de grandes et violentes bourrasques de vent.

Et voilà bien le gros point noir de Mondial 2019. Au moment de l’attribution de l’épreuve au Japon, World Rugby aurait peut-être pu (ou dû) prendre les devants et choisir de ne pas placer sa compétition phare pendant la saison des typhons. Si bien que pendant la phase de poules, on a peut-être plus parler de Hagibis que de rugby.

Et pour cause, en raison de ce terrible typhon qui frappé la péninsule nippone, plusieurs rencontres ont été annulées. Si cela ne souffre d’aucune polémique, sécurité oblige, World Rugby aurait pu anticiper des solutions de repli en modifiant son règlement. En l’état, tous les matchs annulés ont entraîné des résultats nuls (0-0). Le duel décisif entre la France et l’Angleterre pour la première place du groupe C n’a pas eu lieu et l’Italie a vu ses derniers espoirs d’une qualification s’envoler sans même pouvoir jouer contre les All Blacks… Sergio Parisse aurait certainement rêvé mieux pour son dernier match en sélection.

Un dernier élément a peut-être provoqué un peu de déception chez certains supporters: le sacre de l’Afrique du Sud. Si les All Blacks et leur jeu offensif à base de passes offloads ou même la puissance des arrières anglais figuraient parmi les favoris de ce Mondial, ce sont les Springboks qui ont fini par l’emporter avec un jeu minimaliste et ultra-physique. En revenant aux fondamentaux du rugby, les partenaires de Cheslin Kolbe ont rappelé que pour gagner une Coupe du monde il fallait d’abord bien défendre.

"C’est une victoire très méritée. Les Sud-Africains ont fait ce qu’il fallait pour faire déjouer les Anglais et les rendre impuissants, a souligné Denis Charvet après la finale pour RMC Sport. Les Boks sont revenus aux racines du rugby avec un jeu plus minimaliste. Cela a toujours été la force de l’Afrique du Sud. Ce n’est pas du rugby spectaculaire ou la plus belle publicité pour ce sport mais ça gagne."

Une source d’inspiration pour France 2023

Champions pour la troisième fois de leur histoire, les Sud-Africains et tous les autres participants du Mondial vont désormais devoir patienter pendant quatre ans avant leur prochain affrontement en mondovision. Quatre années où la France, qui accueillera l’édition en 2023, devra tout mettre en œuvre pour succéder dignement à l’hôte japonais. Le pays du Soleil Levant a fait de cette Coupe du monde une véritable fête de l’ovalie. Charge aux organisateurs tricolores de perpétuer ce bel engouement.

Bill Beaumont a promis que World Rugby ferait "tout ce qui est en son pouvoir" pour soutenir les nations émergentes, à l'image du Japon. "Le Japon aura des matches contre l'Angleterre, l'Irlande et l'Écosse l'année prochaine", a-t-il souligné. D’ici le début de la compétition hexagonale, World Rugby devra également prendre plusieurs décisions d’importances. L’instance internationale devra en particulier se pencher sur une possible augmentation du nombre de participants.

Afin de poursuivre son développement à l’international, le rugby pourrait prendre le risque d’intégrer à sa principale compétition des nations pas au niveau. S’ouvrir au monde ou aider les sélections déjà présentes à progresser? Voilà le prochain dilemme de World Rugby. Réponse dans quatre ans en France. Le rendez-vous est pris.

Jean-Guy Lebreton