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PSG-Manchester City: Mahrez, le gamin frêle et chambreur de Sarcelles défie Paris

Le PSG affronte Manchester City ce mercredi lors du match aller des demi-finale de Ligue des champions. Au sein du club anglais, un joueur en particulier attend avec impatience ce choc: Riyad Mahrez. RMC Sport s’est rendu à Sarcelles, là où l’ailier algérien a grandi et débuté dans le football, pour y recueillir des témoignages d’intimes et d’anciens coéquipiers sur la genèse du phénomène des Skyblues et ses années en banlieue parisienne.

Du côté de Bondy, le nom de Kylian Mbappé se trouve sur toutes les lèvres. Les enfants de la ville de Seine-Saint-Denis seront nombreux à soutenir le buteur et son équipe du PSG ce mercredi contre Manchester City en demi-finale aller de Ligue des champions (dès 21h sur RMC Sport 1). A une vingtaine de kilomètres de là, à Sarcelles dans le Val-d’Oise, les supporters auront un choix épineux à faire entre le club francilien et l’idole locale, un certain Riyad Mahrez.

L’ailier algérien fait partie des principaux atouts offensifs des Citizens et compte bien tout faire pour se rapprocher d’une première finale européenne et ainsi boucler un fantastique périple commencé dans la banlieue parisienne dans les années 90.

"Revenir dans ma ville, là où j'ai grandi c'est toujours bien. C'est la première fois pour moi, s'est réjoui Riyad Mahrez à la veille du match. C'est spécial c'est sûr mais je suis là pour faire mon match avec mon équipe et surtout essayer de gagner et montrer notre personnalité."

>> PSG-Manchester City, c’est ce mercredi dès 21h sur RMC Sport 1

Le gamin "trop frêle" de l’AAS Sarcelles

Natif de Sarcelles en février 1991, Riyad Mahrez y débute le football dès le plus jeune âge. D’abord en bas de chez ses parents puis au sein du club local, l’AAS Sarcelles dont l’un des terrains porte le nom d’un autre illustre ancien, l’ex-international tricolore Philippe Christanval.

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Après les poussins et les benjamins, il passe ensuite au foot à onze avec les moins de 13 ans puis les U15 et toutes équipes juniors au Centre Sportif Nelson Mandela. C’est là que la star de Manchester City développe sa passion pour le ballon rond et travaille d’arrache-pied pour accomplir son rêve malgré un gabarit trop petit et pas assez solide pour séduire les recruteurs des gros clubs de la région et lui permettre d’intégrer un centre de formation.

L'appartement et l'immeuble de la famille Mahrez à Sarcelles
L'appartement et l'immeuble de la famille Mahrez à Sarcelles © DR RMC Sport

"On a commencé le foot ensemble à l’âge de cinq ans. On a fait toutes les classes ensemble. Lui c’était la génération 1991 et moi la 1992. On se croisait à l’entraînement et au fil du temps on a commencé à être dans la même équipe en U13 et en U15, se souvient Youssef, son meilleur ami, pour RMC Sport. Riyad sur le terrain c’était un joueur exceptionnel. Techniquement parlant, c’était exceptionnel ce qu’il proposait. Physiquement il était un peu frêle c’est vrai. C’était plutôt par rapport à sa morphologie. Mais techniquement il était au-dessus."

Directeur technique de l’AASS, Mohamed Coulibaly garde lui aussi le souvenir de l’adolescent doué mais pas assez rapide pour faire des différences en un-contre-un: "Riyad aujourd’hui, c’est le même, il n’a pas changé, explique l’éducateur en se remémorant les matchs du jeune Mahrez. Peut-être que le Riyad de 13 ans ou 14 ans, il lui manquait un peu de vitesse. C’était un peu compliqué pour accélérer. Mais depuis qu’il a 16 ans ou 17 ans et jusqu’à aujourd’hui c’est le même joueur."

Un talent incomparable et déjà bien affirmé

Malgré un retard athlétique, Riyad Mahrez ne lâche rien et continue de s’entraîner comme un forcené pour faire son trou. Si les qualités physiques ne sont pas encore là en U15, sa technique et ses dribbles endiablés font déjà des ravages.

"Ce qu’il reproduit aujourd’hui sur les terrains de Premier League, si je puis me permettre, c’est ce qu’il faisait déjà ici à Sarcelles, au quartier et dans son club formateur l’AAS Sarcelles, commente encore son ami Youssef. Ses crochets et ses feintes de frappe, il les maîtrisait déjà ici. Il faisait les mêmes qu’aujourd’hui. A ce niveau-là, c’est exactement pareil. Sauf qu’aujourd’hui il passe devant de grands joueurs et avant c’était face à des joueurs amateurs."

Riyad Mahrez face à Leicester City
Riyad Mahrez face à Leicester City © Icon Sport

Un avis également partagé par Ibrahima, ancien coéquipier au club de Sarcelles. "On n’est pas du même quartier mais il venait jouer aussi jouer dans notre quartier au gymnase, indique cet autre ami de la star de Manchester City. Je l’ai vu jouer sur le terrain et dans le gymnase. Franchement, ce qu’il fait actuellement cela ne m’étonne même pas. C’était déjà facile pour lui."

Petit coup de pouce du destin, Riyad Mahrez finit par rattraper son déficit physique vers 16 ans ou 17 ans. Un déclic qui lui permet de quitter les équipes de réserves de Sarcelles pour exploser avec la formation fanion. "A partir de 16 ans on savait qu’il était lancé. Quand il a passé ce cap physique et mental, il était déterminé, avance encore Mohamed Coulibaly. Tout ce qu’il a fait derrière, ce n’était pas surprenant. Sincèrement, il était programmé pour le très haut niveau."

Le foot plutôt que les filles et les soirées

L’adolescence permet à Riyad de franchir un cap sur le plan athlétique. Mentalement aussi, le gamin de Sarcelles change à cette époque. La mort de son père, l’un de ses premiers supporters et qui rêvait d’en faire un footballeur pro, en 2006 lui porte un coup terrible mais il parvient à s’en relever grâce à son talent ainsi qu’à un travail de tous les instants.

"Riyad il aime trop le foot. Il jouait du lundi au lundi, lâche son frère aîné Wahid Mahrez au micro de RMC Sport. Parfois il sortait avec ses copains ou avec moi mais c’était rare. Sinon c’était toujours le foot. Même après l’entraînement parfois, il jouait au foot. Foot, foot, foot. Il travaillait la technique."

Riyad Mahrez fixé sur son objectif avec Manchester City
Riyad Mahrez fixé sur son objectif avec Manchester City © Icon Sport

Riyad Mahrez adolescent, c’est une passion dévorante pour le football. Son meilleur ami Youssef l’assure sans hésiter. Celui qui fait aujourd’hui le bonheur des fans des Skyblues a toujours donné la priorité au terrain.

"Riyad il jouait du lundi au lundi. Depuis neuf, dix ou onze ans, il jouait tous les jours. Quand tu arrives à un certain âge en U13 ou U15, tu commences à connaître d’autres choses que du foot, poursuit cet intime de l’international algérien aux 62 sélections. D’autres personnes étaient préoccupées par les sorties ou les boums à l’époque. Riyad, lui, c’était vraiment que le foot, le foot, le foot. Du lundi au lundi, il ne voulait que jouer au foot. C’était vraiment lui."

Une force mentale teintée d’humilité

Doté d’un talent indéniable, et capable d’absorber une énorme charge de travail pour accomplir son rêve et devenir footballeur, Riyad Mahrez dispose aussi d’un autre atout de poids: son mental.

Malgré les épreuves de la vie et les déconvenues sportives, l’Algérien ne lâche rien et refuse de se laisser abattre. Après l’AAS Sarcelles, l’ailier séduit le club breton de Quimper en CFA puis convainc la prestigieuse équipe du Havre de le recruter et de lui offrir son premier contrat pro à 20 ans.

Même quand cela s’est moins bien passé pour lui au HAC, Riyad Mahrez n’abdique pas et s’envole ensuite vers Leicester City où il remporte un premier titre de champion (2016) avant son départ vers Manchester City (été 2018) et six trophées supplémentaires dont la Premier League en 2019.

"Il n’a jamais flanché, tranche directement son ami Bocar. Parfois il y a eu des déceptions mais malgré tout il n’a jamais flanché. Il savait ce qu’il voulait. Même s’il a été un peu déçu, au final il savait ce qu’il voulait et il a réussi. Il est arrivé là où il voulait et ce n’est pas étonnant. […] Depuis le début où je l’ai vu jouer au foot jusqu’à aujourd’hui, j’ai senti une personne sûre d’elle dans son football et avec un gros gros mental. Je ne vais pas dire que je ne suis pas surpris mais je m’y attendais. C’est complètement mérité par rapport au talent et surtout à sa force mentale. Il a une grosse force mentale."

Son partenaire de l’AASS, Ibrahima, tient à peu près le même discours au sujet du maître à jouer des Fennecs. "Son parcours il est exemplaire. Il est exemplaire son parcours, répète encore volontiers son ami. On peut même dire que c’est un conte de fées. Partir de là où il était et voir où il est maintenant, c’est exceptionnel. Exceptionnel."

Wahid Mahrez et les amis de Riyad (Bocar, Youssef et Ibrahima)
Wahid Mahrez et les amis de Riyad (Bocar, Youssef et Ibrahima) © DR RMC Sport

Un autre trait de caractère de Riyad Mahrez ressort naturellement au fil des échanges avec ses amis et son frère Wahid: sa joie de vivre. "Comme tout le monde il aime bien rigoler", lance sobrement son ainé. Les potes de la patte de gauche de City se montrent, eux, un peu plus prolixes. Sur et en-dehors du terrain, la star de 30 ans est restée humble et accessible.

"Il est simple, ultra simple. Il peut parler de tout, même après un match compliqué. Il sait faire la différence entre les deux, détaille Bocar. C’est quelqu’un de très abordable. Il est focus sur le football mais en même temps très abordable."

Son ami d’enfance confirme: "Riyad Mahrez c’est quelqu’un qui a encore la tête sur les épaules et les pieds sur terre. C’est quelqu’un d’humble et qui n’a pas pris la grosse tête. Je pense que c’est vraiment une personne avec un bon cœur. C’est une fierté pour toutes les personnes de Sarcelles, les jeunes comme les anciens. Mais aussi au-delà de Sarcelles dans toutes les villes de France."

Mahrez, un chambreur: "Il m’appelle 'Casque d’or'"

Riyad Mahrez possède une personnalité souriante et attachante. L’Algérien n’hésite pas à chambrer ses amis comme à ses débuts sur les terrains de Sarcelles. En plus des "battles de danse" après les entraînements, Ibrahima se rappelle d’un coéquipier qui chambrait "et vannait pour rigoler". L’intéressé raconte même le surnom dont l’avait affublé un Riyad Mahrez un brin moqueur.

Zinchenko et Riyad Mahrez à Manchester City
Zinchenko et Riyad Mahrez à Manchester City © Icon Sport

"J’ai une petite anecdote sur Riyad. On jouait en U13 contre Franconville. Je m’en rappelle et Riyad va s’en souvenir en plus, s’amuse Ibrahima. Il avait dribblé tout le côté avec son petit corps. Il m’avait mis un centre alors que l’on perdait deux ou trois à un. Il m’avait mis un centre alors que je n’étais pas fort de la tête. Ce jour-là j’avais mis une tête avant de retomber et on avait marqué. Depuis ce jour-là il m’appelle 'Casque d’or'. Voilà c’est une anecdote, c’est Riyad. Il n’oublie pas et se rappelle de tout. C’est le talent, c’est la rigolade. Ce qu’il fait aux défenseurs de Premier League, il nous le faisait."

Mohamed Coulibaly a aussi été le témoin de ce trait de caractère de Riyad Mahrez: "Il n’arrêtait (de chambrer), il n’arrête pas. Même aujourd’hui. Il aime bien chambrer, il aime trop cela, plaisante encore le directeur technique de l’AAS Sarcelles. C’est son truc. Il a une joie de vivre et elle est vraiment contagieuse. C’est quelqu’un d’agréable au quotidien."

Une source d’inspiration restée proche de Sarcelles

Malgré son statut de star internationale et de cadre de l’équipe entraînée par Pep Guardiola, Riyad Mahrez n’oublie pas d’où il vient. De l’avis de tous, l’ailier de 30 ans reste proche de Sarcelles et fait l’unanimité dans la cité.

"Riyad, il est vraiment très proche de Sarcelles. C’est là qu’il a commencé à jouer au foot et à mettre ses premiers crochets et ses premiers buts. Il est passé à l’école ici, il est très proche de Sarcelles, détaille son ancien compère de l’AASS Youssef. Il a toujours ce penchant vers Sarcelles et quand il est off avec quelques jours de vacances il vient à Sarcelles. Il vient pour voir les jeunes, pour voir sa famille. Il a un lien très particulier avec Sarcelles."

Bocar lui se montre encore plus enthousiaste: "Bien sûr, c’est une fierté pour Sarcelles. C’est une énorme fierté et cela va aider les jeunes à prendre le même chemin et à se dire que c’est possible."

Patrick Haddad, maire de Sarcelles, avec Riyad Mahrez en juillet 2019
Patrick Haddad, maire de Sarcelles, avec Riyad Mahrez en juillet 2019 © AFP

Mohamed Coulibaly voit en Riyad Mahrez un exemple à suivre pour tous ces jeunes de banlieue, à Sarcelles et ailleurs en Ile de France. "Par rapport à ce que représente Sarcelles en France, la ville-nouvelle en banlieue avec tous les préjugés. C’est bien d’avoir une belle histoire comme celle-là. C’est vraiment quelque chose qui pousse les jeunes à se surpasser. Il faut regarder nos équipes de jeunes, ils ont tous le maillot de Riyad Mahrez. Il y a beaucoup de petits."

Et son ancien coéquipier Ibrahima de relancer: "Il y a des parcours atypiques. Mais là on parle d’un joueur de classe mondiale. Certains joueurs sont partis de rien et ont réussi à être en Ligue 1 ou Ligue 2. Mais lui c’est Manchester City, c’est le Graal! C’est Pep Guardiola, c’est Kevin De Bruyne, c’est la Ligue des champions! Il a gagné la CAN avec un coup-franc à la dernière minute. C’est son destin."

Même son frangin Wahid ne cache pas la fierté que suscite chez lui son petit frère. "Riyad c’est un grand joueur, il est dans un grand club et ce n’est pas donné à tout le monde de jouer là-bas. C’est un exemple pour tout le monde, surtout pour les Algériens", assure encore l’aîné des garçons de la fratrie Mahrez.

Et d’insister sur l’amour de l’ailier de City pour l’équipe d’Algérie: "Il aime beaucoup son pays, il a pris l’Algérie à cause de notre père qui est mort. Il aime bien son pays, nous avons toute notre famille là-bas."

Sarcelles en mode Team Mahrez face au PSG

A l’heure où bon nombre d’enfants d’île de France rêve de voir le PSG éliminer Manchester City puis remporter la Ligue des champions, les proches de Riyad Mahrez sont beaucoup plus partagés. Son frère Wihad, lui ne s’en cache pas. Il espère surtout le voir marquer et ainsi faire plaisir à son club de cœur, l’OM.

"Lui et moi on aimait bien Marseille quand il y avait Drogba, Nasri, Ribéry. A cette époque-là il avait kiffé, souligne le plus grand des frères Mahrez. J’ai un message pour lui. D’abord je suis très très content de son parcours. Arriver jusqu’en demi-finale ce n’est pas facile. Ils vont jouer contre Paris et je suis très fier de lui. J’espère qu’il va faire un très bon match. Surtout j’espère qu’il va marquer, faire plaisir aux Algériens, à ses copains et à moi. […] Je ne vais pas rater ce match."

Riyad Mahrez et Kevin de Bruyne
Riyad Mahrez et Kevin de Bruyne © Icon Sport

Du côté des amis de Riyad, on soutient beaucoup plus volontiers le PSG. Enfin… en temps normal. Cette fois, les pronostics sont plus mesurés car le copain se trouve face au club de la capitale. "Je suis pour Paris mais là c’est la famille donc je suis obligé de supporter Manchester City, sourit encore Bocar. Malgré moi. Malgré moi parce que Paris c’est mon club de cœur. La famille cela passe avant."

Ibrahima abonde en ce sens: "Riyad c’est la famille. Si City passe je serai content, promet son ami et ancien partenaire de l’AAS Sarcelles. Mais si le PSG passe, je serai aussi content. Si Manchester City passe et que Riyad fait un gros match, cela me va. Je prends, je signe."

>> PSG-Manchester City, c’est ce mercredi dès 21h sur RMC Sport 1

Mohamed Coulibaly va même un peu plus loin. Si le PSG plaît aux jeunes de Sarcelles, Riyad Mahrez est capable de tirer la couverture à lui ce mercredi au Parc des Princes. Et lui, l’éducateur de l’ASSS verrait bien l’Algérien de Manchester City gagner la Ligue des champions puis apporter le trophée à la maison.

"Il y a peut-être encore un peu plus de maillots du PSG. Mais celui de Mahrez a plus de valeur. Je suis supporter du football français mais franchement le sentiment général est assez partagé, analyse encore le directeur technique. Je pense quand même qu’il y a plus de proximité avec Riyad Mahrez. Si le PSG gagne la Ligue des champions, elle ne viendra pas à Sarcelles. Si jamais Riyad gagne la Ligue des champions, il est capable de l’apporter ici."

Si Riyad Mahrez offre la Ligue des champions à Manchester City, il sera définitivement un dieu vivant à Sarcelles. Mais sur sa route se dresse le PSG et une pléiade de stars et de talent bien décidés à mettre fin à son rêve.

Jean-Guy Lebreton avec Nicolas Pelletier