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Coupe du monde 2022: Musiala, Adeyemi, Moukoko, Bella-Kotchap… L'heure de la prise de pouvoir pour la nouvelle génération allemande ?

Titrée en 2014 mais éliminée dès le premier tour en 2018, l’équipe d’Allemagne aborde la Coupe du monde 2022 au Qatar sans réelle visibilité. Avant l’entrée en lice des Allemands contre le Japon ce mercredi (14h), RMC Sport présente la nouvelle génération de joueurs prometteurs mais dont l’influence demeure encore limitée dans le groupe dirigé par Hans Dieter-Flick.

Le retour du héros… Auteur d’un bon début de saison avec Francfort, Mario Götze est l’invité surprise des 26 joueurs allemands sélectionnés par Hans Dieter-Flick pour le Mondial 2022. Unique buteur de la finale contre l’Argentine en 2014, le milieu offensif se contentera probablement d’un rôle de doublure cette année lors du tournoi disputé au Qatar. Un constat qui devrait aussi valoir pour quatre grands espoirs du football d’outre-Rhin au moment d’entamer la compétition face au Japon dans le groupe E: Jamal Musiala, Karim Adeyemi, Youssoufa Moukoko et Armel Bella-Kotchap.

"En Allemagne, il y a très peu de polémique sur la sélection qui est partie au Qatar. Parce qu’elle est très logique. Le vrai débat pour les jeunes c’est que, Hansi Flick se défend d’avoir pris les jeunes pour préparer l’Euro 2024. Mais il est bien évident que les quatre jeunes, en-dehors de Musiala qui méritait de partir vraiment, le sélectionneur est en train de donner de l’expérience à ces gamins-là dans l’objectif de l’Euro 2024, a estimé Polo Breitner, le spécialiste du foot allemand sur RMC. Même si, encore une fois, Hansi Flick dit que la priorité c’est le Qatar, que son équipe est là pour gagner et non pas pour se projeter vers le prochain Euro."

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Musiala, un possible futur patron

Parti très tôt en Angleterre du côté de Southampton et Chelsea, Jamal Musiala a été rapatrié par le Bayern dès l’âge de 16 ans en 2019. La preuve que le club bavarois a placé de gros espoirs en lui, Chelsea a récupéré près de 200.000 euros d’indemnités. En à peine plus de trois ans sous le maillot munichois le talentueux milieu offensif s’est déjà forgé une belle expérience avec 100 matchs disputés toutes compétitions confondues devenant le plus jeune joueur du Bayern à atteindre un tel total depuis la création de la Bundesliga en 1963. Surtout, il s’est déjà montré sacrément efficace avec 27 buts et 17 passes décisives. Fer de lance de cette nouvelle génération allemande, Jamal Musiala pourrait bien constituer l’une des révélations de ce Mondial 2022 au Qatar. Lancé en sélection en mars 2021, il y a engrangé 17 capes.

"Musiala, évidemment il doit être dans les 26. Il peut même être titulaire, on verra ce qu’il va se passer car il se trouve dans une forme extraordinaire, a enchaîné Polo Breitner. Est-ce que c’est le futur patron de l’Allemagne? C’est une énorme interrogation! Parce qu’il y en a un que l’on ne verra pas au Qatar, Florian Wirtz le petit prodige de Leverkusen, qui revient de blessure. Dans quelques années, il y aura un duel terrible entre les deux si on ne les associe pas."

Mais en l’absence de Florian Wirtz, Jamal Musiala peut clairement marquer des points. Fin techniquement et doté d’une incroyable vison de jeu, le jeune allemand pourrait aussi profiter d’un Thomas Muller pas à 100% pour emmagasine ce dont il manque le plus: de l’expérience au niveau international.

"Son défaut c’est qu’il faut qu’il mange de la viande. Il a tout sinon. Dans les petits espaces, à lui tout seul il peut changer le cours d’un match. Au cœur d’une défense très resserrée, il sait tout faire, s’est encore enthousiasmé le membre des drôles de dames de l’After Foot. La seule chose qui lui manque c’est l’expérience. Tout simplement. Il n’y a que cela, sinon il a tout. Je suis épaté par sa façon de jouer, par la façon dont il rentre pour être quasiment titulaire au Bayern, par sa polyvalence évidemment. Il est dans une forme extraordinaire. Maintenant son défaut c’est l’expérience. Est-ce qu’il peut déjà mener l’équipe d’Allemagne à un titre mondial? C’est un gros point d’interrogation."

Hans-Dieter Flick avec Jamal Musiala en septembre 2022
Hans-Dieter Flick avec Jamal Musiala en septembre 2022 © Icon Sport

Bella-Kotchap, un profil très classique et remplaçable

Né à Paris d’un père Camerounais, Cyrille Bella, Armel Bella-Kotchap aurait pu à terme marcher dans les pas de son paternel et porter le maillot des Lions Indomptables. Mais Hans-Dieter Flick en a décidé autrement. Assez méconnu du grand public en-dehors de l’Allemagne, ce rugueux défenseur central s’y est illustré du côté de Bochum pendant trois ans et principalement en deuxième division. C’est simple, le défenseur de 20 ans n’a joué que 22 matchs de Bundesliga. Mais c’est finalement son transfert vers la Premier League (11M€) et son statut d’indiscutable à Southampton (11 titularisations) qui ont poussé le sélectionneur à l’emmener au Qatar.

Et peut-être aussi la volonté d’en finir avec Mats Hummels, un caractère et un ego parfois difficile à gérer, en équipe nationale. Histoire d’installer Antonio Rudiger comme le patron de la charnière, le sélectionneur a donc opté pour le jeune Armel Bella-Kotchap et ses deux capes (dont une comme Oman pendant la préparation du Mondial) plutôt que sur l’expérimenté champion du monde 2014.

Grand, il mesure 1m90, et très athlétique, Armel Bella-Kotchap possède beaucoup de qualités appréciées dans le football allemand où on demande d’abord aux centraux de stopper les attaquants adverses et de gagner les duels.

"Avec lui on est dans le profil Jérôme Boateng puis Antonio Rudiger puis Armel Bella-Kotchap. Ce sont des mecs très puissant de la tête mais dont les relances ne sont pas forcément les choses les plus impressionnantes, a détaillé Polo Breitner. Est-ce que demain il sera le grand défenseur dont l’Allemagne a besoin et que l’Allemagne recherche ? Je n’en suis pas persuadé. Le fait qu’il soit en Premier League et qu’il joue avec Southampton, c’est déjà bien. C’est un gars qui vient un peu de nulle part. Quand je dis cela, c’est parce que c’est un pari sur l’avenir."

Et le spécialiste du football allemand dans l’After Foot de préciser: "Honnêtement pour Armel Bella-Kotchap… il serait là, il ne serait pas là, cela serait pareil. A moins de penser qu’il a un avenir extraordinaire, il n’a que deux sélections. Je l’ai vu à Bochum la saison passée, ils ont fait une belle plus-value en le vendant en Premier League. Des joueurs comme Bella-Kotchap, Flick aurait pu en prendre d’autres. […] L’avenir de Bella-Kotchap, je n’en sais rien. C’est à lui de se montrer. Mais je ne le vois pas titulaire dans deux ans. Selon moi il y a Nico Schlotterbeck qui pousse, qui joue la Ligue des champions avec Dortmund, et qui est associé à Niklas Süle. Il y a Antonio Rudiger et c’est trois-là sont devant Armel Bella-Kotchap."

Karim Adeyemi, un énorme potentiel dans le dur

Assez critique avec Armel Bella-Kotchap, Polo Breitner l’est également avec Karim Adeyemi. Mais à l’inverse du central qui a séduit Hans-Dieter Flick sur son début de saison, l’attaquant du Borussia Dortmund est vu comme un joueur doté d’un beau potentiel. Problème, il sort de six mois très compliqués à Dortmund où il a débarqué pendant l’été. En sélection aussi c’est un peu plus compliqué après sa première cape couronnée d’un but en septembre 2021. Depuis ses débuts avec l’Allemagne, le virevoltant buteur n’a disputé que 5 minutes avec le maillot flanqué de l’aigle sur les sept dernières rencontres internationales.

"Karim Adeyemi, honnêtement, il ne mérite pas sa sélection à la vue de ses six premiers mois. Il est dramatique et il a d’ailleurs un langage corporel assez pitoyable. On se demande un peu ce qu’il fait là, a lâché le membre des Drôles de dames de RMC. […] Très clairement, c’est pour le préparer pour l’avenir et ne pas le démotiver. Il est intéressant dans le sens où il est polyvalent, rapide, etc. Mais il a un problème devant le but en ce moment."

Karim Adeyemi dépité avec l'Allemagne en juin 2022
Karim Adeyemi dépité avec l'Allemagne en juin 2022 © Icon Sport

Présenté comme le renouveau de la sélection allemande, Karim Adeyemi a brillé lors de son passage à Salzbourg où il a eu la tâche de faire oublier un certain Erling Haaland. Si en Autriche, le vif attaquant de 20 ans a réussi à prendre la suite du Cyborg norvégien grâce, notamment à ses 23 buts et 9 caviars en 2021-2022, il n’a pas eu pareille efficacité en Bundesliga. Dortmund a eu beau miser 30 millions d’euros pour en faire le successeur d’Erling Haaland, l’Allemand a connu un début de saison terrible avec seulement deux réalisations en 18 apparitions. Ce qui peut, au-delà de la différence de niveau entre les deux championnats, s’expliquer par son positionnement. Au BVB, Karim Adeyemi joue souvent sur un côté alors qu’il jouait dans l’axe à Salzbourg où sa vivacité faisait des merveilles en soutien d’un autre buteur.

"Evidemment, ce n’est pas un profil d’attaquant de pointe. Mais pour le moment il est dans le dur donc honnêtement il ne mérite pas sa sélection. Il est vraiment là pour préparer l’avenir. Je ne suis même pas sûr que ce soit l’Euro 2024 que l’on vise pour lui. Il ne faut pas oublier que Kai Havertz n’a que 23 ans et avant de le bouger, comme pour Bella-Kotchap avec Schlotterbeck (22 ans), il va falloir se lever tôt, a encore critiqué Polo Breitner.

Et de conclure sur celui qu’il verrait bien associé en club comme en sélection à Youssoufa Moukoko: "Je trouve qu’il baisse beaucoup la tête alors qu’il faudrait la lever pour faire de bons choix. Je le trouve très personnel. Cela pourrait très bien exploser entre Moukoko et Adeyemi, cela pourrait très bien être le duo infernal des prochaines années. Mais pour l’instant…"

Yousoufa Moukoko, trop tôt pour en faire l’héritier de Klose

Partenaire de Karim Adeyemi au Borussia Dortmund, Youssoufa Moukoko fait parties des futurs cracks de la planète foot. C’est en tout cas comme cela que le jeune attaquant de 17 ans est présenté depuis son plus jeune âge. Né à Yaoundé au Cameroun, le phénomène aurait bien pu disputer le Mondial 2022 avec la sélection africaine. Mais l’Allemagne a sécurisé son avenir en faisant appel à lui cet automne. Probablement plus tôt que prévu dans l’esprit de Hans-Dieter Flick. Profitant des blessures de Timo Werner et Lukas Nmecha, le buteur du BVB a honoré sa première sélection de l’amical remporté contre le sultanat d’Oman (1-0) pendant la préparation. Devenant au passage le plus jeune joueur de l’Allemagne depuis Uwe Seeler en 1954.

"Le cas Moukoko, c’est intéressant. Je ne sais pas si Hans-Dieter Flick voulait l’emmener au départ. Mais le fait que Timo Werner se blesse, le fait que Lukas Nmecha se blesse et aussi que Moukoko a fait une première partie de saison très correcte en prenant la place d’Anthony Modeste à la pointe de l’attaque et reste très polyvalent, cela fait qu’on le retrouve dans le groupe. Ce n’est pas une véritable surprise en soi, a confirmé Polo Breitner au sujet du jeune attaquant. Par contre, si tout le monde avait été opérationnel, je ne suis pas sûr qu’il soit parti car il n’a aucune sélection."

Youssoufa Moukoko avec l'Allemagne contre le sultanat d’Oman en novembre 2022
Youssoufa Moukoko avec l'Allemagne contre le sultanat d’Oman en novembre 2022 © Icon Sport

Annoncé dès ses 14 ans comme un futur très grand, et déjà multimillionnaire grâce à un contrat de sponsoring avec Nike, Youssoufa Moukoko n’a eu de cesse de casser les records du football allemand.

Plus jeune buteur de Youth League, effaçant la marque de Rayan Cherki en 2019, l’attaquant a bénéficié d’un changement du règlement de la Bundesliga (l’âge minimal étant abaissé pour lui) pour y débuter à 16 ans et un jour. Seulement quinze jours plus tard, il est devenu le plus jeune joueur de la Ligue des champions. A 16 ans et 28 jours, il a marqué son premier but chez les pros pour devenir le recordman de précocité en Bundesliga.

Véritable monstre de précocité, Youssoufa Moukoko n’a pourtant même pas terminé sa croissance qu’il semble déjà promis à un avenir radieux en sélection. Surtout, il a un boulevard devant lui alors que l’Allemagne se cherche un vrai attaquant de pointe depuis la retraite de Miroslav Klose suite au titre mondial en 2014.

"[L’installer à la pointe, le successeur de Klose?] C’est ce qui est prévu. Maintenant, encore une fois, il a une polyvalence donc on n’est pas forcé de le mettre en pointe. C’est un formidable gabarit d’environ 1m80. Dans quelques années, s’il fait 1m85, il sera en pointe et s’il ne grandit pas il sera peut-être sur les ailes, a décrpyté le spécialiste du football allemand pour RMC Sport. […] Est-ce Moukoko est un véritable attaquant de pointe? Est-ce qu’il va évoluer comme un Kolo-Muani et être capable de marquer des buts mais aussi de distribuer pour ses coéquipiers […] Tout le monde fait plein d’éloges sur Moukoko mais moi, des gamins que l’on a annoncés comme des futurs prodiges j’en ai connu toute ma vie. J’entends son explosion, cela marche bien avec Dortmund. Mais est-ce que demain il fera les bons choix de carrière pour devenir l’attaquant qui manque à la sélection allemande? Moi je mets un gros point d’interrogation."

Avec cette nouvelle génération particulièrement prometteuse, l’Allemagne semble très bien armée pour le futur. Mais pour le présent et cette Coupe du monde 2022, il faudra d’abord compter sur les anciens. Même si, et c’est assez rare pour le signaler, les supporters allemands ne sont pas particulièrement confiants et s’attendent pas à grand-chose. "On n’est parfaitement conscient que ce n’est pas une sélection, comme dans les années 70 ou 90, qui partait pour tout rafler, a conclu Polo Breitner. Mais on se dit que l’on peut faire un beau parcours." Et qui sait? L’un des quatre espoirs du football constituera peut-être la bonne surprise à même d’emballer tout un pays.

Jean-Guy Lebreton