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Premier League: Liverpool apprend à vivre sans Mané et la crise n'est pas loin

Candidat au titre en Premier League, Liverpool n’a toujours pas remporté le moindre match lors des trois premières journées. Au-delà des points précieux perdus par l’équipe de Jürgen Klopp, les Reds, orphelins de Sadio Mané, n’y arrivent pas dans le jeu et risquent de s’enfoncer dans la crise dans les prochaines semaines.

Deux nuls contre Fulham et Crystal Palace puis une douloureuse défaite face à un Manchester United au bord de l’implosion. En trois matchs de championnat, Liverpool n’a toujours pas gagné et se retrouve seulement 16e du classement de la Premier League avec deux points. Pire pour l’équipe dirigée par Jürgen Klopp, ses rivaux pour le titre trustent déjà les places sur le podium.

Presque déjà en crise sur le plan comptable, les pensionnaires d’Anfield n’arrivent pas non plus à masquer leurs difficultés dans le jeu et l’inquiétude grandit, alors que le saison 2022-2023 s’annonce particulièrement exigeante pour les clubs européens avec la Coupe du monde au Qatar en fin d’année (20 novembre-18 décembre).

Mané toujours pas remplacé

Le principal changement de l’été du côté de Liverpool concerne le trident offensif. Et pour cause, on ne remplace aussi facilement Sadio Mané. Le départ du Sénégalais vers le Bayern Munich, où il a marqué quatre buts en autant de matchs, a déséquilibré l’attaque des Reds. Si le Colombien Luis Diaz fait déjà partie des cadres de l’équipe et a signé six bons mois depuis son arrivée pendant le mercato hivernal, Darwin Nunez connait des début plus contrastés.

Malgré un but et une passe décisives contre les Cottagers en ouverture du championnat, l’Uruguayen a ensuite dégoupillé en assénant un coup de tête à Joachim Andersen pendant le duel contre Palace. En l’absence de Diogo Jota, victime d’un énième pépin physique, Roberto Firmino joue en pointe mais n’est que l’ombre de celui qui s’illustrait au côté de Mohamed Salah et Sadio Mané entre 2017 et 2021.

"Je pense que le départ de Mané leur a fait très très mal et a été sous-estimé par beaucoup de gens en Angleterre, a lancé Julien Laurens spécialiste du football anglais pour RMC Sport. Les gens se sont dit que Nunez était arrivé pour compenser et qu’il y avait aussi le nouveau contrat de Salah. Beaucoup de gens ont sous-estimé l’importance de Mané dans cette équipe. Il était pourtant indispensable et peut-être plus que Mo' Salah."

Salah pas encore lancé

Orphelin de Sadio Mané, Mohamed Salah n’arrive pas encore à guider Liverpool vers le succès. Déjà intermittent en fin de saison dernière, probablement à cause de ses deux échecs à la CAN et lors des éliminatoires du Mondial 2022 avec l’Egypte, le Pharaon fait moins de différences sur son couloir droit. Certes, l’ailier de 30 ans a déjà marqué trois buts en quatre matchs toutes compétitions confondues mais son apport collectif parait moins important.

Buteur sur penalty contre Manchester City lors du Community Shield, il a ensuite marqué en profitant d’un raté de Nunez contre Fulham puis en restant à l’affût après une parade de David De Gea lors du choc de Premier League contre Manchester United. Toujours efficace, Mohamed Salah soigne ses statistiques mais ses réalisations rappellent surtout celle d’un numéro 9 qui finit les actions. Dans le jeu sur l’aile droite, c’est plus compliqué et le jeune Tyrell Malacia a même pris le dessus pendant le match face au Red Devils à Old Trafford.

Un système qui n’évolue pas

Les changements du mercato et les méformes en attaque n’expliquent pourtant pas totalement la mauvaise passe des Reds en Premier League. Jürgen Klopp n’est pas non plus exempt de tout reproche. L’entraîneur allemand continue de s’agiter sur le bord du terrain et sa capacité à galvaniser ses joueurs ne fait aucun doute. Mais l’ancien coach du Borussia Dortmund laisse peut-être aussi voir quelques faiblesses tactiques. Le 4-3-3 installé chez les Reds depuis plusieurs saisons semble montrer ses limites et le technicien n’arrive pas à faire évoluer son système.

Si dépendant de son trio offensif, Liverpool galère quand les trois de devant ne parviennent pas à porter l’équipe. Et à force de se faire rouler dessus, les autres équipes de Premier League commencent aussi à s’adapter et à trouver des solutions pour empêcher les flèches liverpuldiennes de briller. Adepte d’un jeu de transition, Jürgen Klopp va devoir rapidement trouver des solutions tactiques pour redresser son équipe et retrouver le chemin de la victoire.

Pas assez de profondeur d’effectif?

En plus du système parfois trop figé, Liverpool parait manquer un peu de profondeur d’effectif. En attaque, Roberto Firmino traverse une période où la confiance et l’efficacité le fuient. En l’absence de Diogo Jota, seul le jeune Fabio Carvalho semble capable d’apporter un plus lorsqu’il rentre sur le terrain. Mais la bonne pioche portugaise du mercato estival ne parvient pas à faire oublier le groupe un peu léger à la disposition de Jürgen Klopp. Surtout en comparaison avec ses rivaux.

Pendant l’été, Manchester City a consolidé son effectif avec Kalvin Phillips et surtout Erling Haaland. Arsenal a ajouté Gabriel Jesus ou encore Oleksandr Zinchenko à ses Baby Gunners affamés et talentueux. Même le nouveau riche Newcastle a recruté plusieurs joueurs importants pour aider Eddie Howe à mettre en place son football. Sans forcément briller dans le jeu, le Tottenham d’Antonio Conte a acheté plusieurs soldats (Richarlison, Bissouma) prêts à se dépouiller sur le pré. Même Chelsea, qui n’en a sûrement pas fini, a dépensé à tour de bras pour se bâtir un groupe ambitieux. Et pendant ce temps à Liverpool, les absences se font plus que jamais sentir.

Au milieu, l’indispensable Thiago Alcantara laisse un énorme vide depuis sa blessure aux ischios. Sans l’accélérateur de l’entrejeu des Reds et avec le léger coup de moins bien de Fabinho, Liverpool ne peut compter véritablement que sur le vétéran James Milner et le jeune Harvey Elliot. Sans leur faire offense, les deux Anglais restent un ton en-dessous de leurs coéquipiers et ont pris le bouillon face à Scott McTominay et Christian Eriksen à Old Trafford.

En défense, la défaite contre Manchester United a mis en lumière de grosses carences. Blessés, Ibrahima Konaté et Joël Matip n’ont pas joué. Pour les suppléer, Jürgen Klopp a fait confiance à son habituel quatrième choix: Joe Gomez. Pour un résultat médiocre. Son association avec Virgil Van Dijk a laissé des espaces béants plein axe. Une zone du terrain où Marcus Rashford s’est engouffré avec plaisir tout au long de la rencontre. Sur les couloirs aussi, le duo de latéraux Andrew Robertson et Trent Alexander-Arnold tire un peu la langue. Problème, leurs doublures Konstantinos Tsimikas et Calvin Ramsay demeurent encore un peu légers pour la Premier League.

Un gros calendrier à venir avant le Mondial

Les semaines à venir s’annoncent déjà capitales pour Liverpool. En Premier League, l’équipe menée par Jürgen Klopp va enchaîner plusieurs rencontres majeures d’ici la fin du mois de septembre avec notamment la réception de Newcastle et deux déplacements à Goodison Park pour le derby contre Everton puis à Stamford Bridge pour défier Chelsea. Outre le fait de ne déjà plus avoir le droit à l’erreur en Premier League, les Reds ont aussi devoir gérer un calendrier particulièrement chargé d’ici la Coupe du monde au Qatar.

A l’image des autres équipes qualifiées en Ligue des champions ou pour une compétition continentale, Liverpool ne va avoir aucun répit pendant les mois à venir avec un gros enchaînement de rencontres tous les trois jours ou presque. On notera notamment une semaine particulièrement lourde pour les coéquipiers de Mohamed Salah entre le 9 et le 16 octobre. Après un déplacement sur le terrain d’Arsenal, les Reds joueront à l’occasion de la deuxième journée des poules de la Ligue des champions puis recevront Manchester City quelques jours plus tard à Anfield. D’ici-là, Liverpool aura, soit basculé totalement dans la crise, soit bien redresser son début de saison.

Jean-Guy Lebreton